36

Trois cents guerriers en armure, détachés de la garnison de la citadelle et confiés au préfet Nom Anor, couraient à travers les places et les artères du quartier sacré comme une armée vengeresse. Dagues Coufee et bâtons Amphi s’abattaient sur les hérétiques et les Humiliés qui n’avaient pas eu la bonne idée de courir se cacher. Ce qui faisait beaucoup de monde.

Des centaines de gens.

Des milliers.

Illuminés par l’arrivée prédite de Zonama Sekot, certains que Yun-Shuno, le Divin aux Mille Yeux, garantirait leur béatification lors de leur passage dans l’au-delà, enthousiasmés par leur nouvelle – bien que de courte durée – liberté, persuadés que Shimrra et les membres de l’élite seraient bientôt renversés, les hérétiques n’hésitaient pas une seconde à se transformer en martyrs. Mis au ban pour leurs déficiences physiologiques plutôt que pour leurs péchés, forcés de vivre dans l’ombre des non-Humiliés et sous l’examen constant de dieux impitoyables, coupables de fautes qu’ils ne pouvaient même pas imaginer et qu’ils passeraient le reste de leur misérable existence à tenter de comprendre, ils avaient enfin accepté leurs différences et décidé d’associer leur sort à celui des Jedi.

Rien ne les arrêterait.

Emportés par une pure exubérance, clamant à tous les vents qu’ils avaient enfin mérité ce salut et cette équité qu’ils espéraient depuis si longtemps, les hérétiques avaient surgi de leurs cachettes comme des ngdins un jour de sacrifice. Ces derniers n’avaient pas tardé à les suivre dans la lumière tombante du crépuscule, certains de se repaître d’une quantité inhabituelle de ce fluide vital visqueux et noir dont ils étaient si friands.

Yuuzhan’tar était devenue un véritable abattoir, sorte de buffet géant pour les guerriers exécutant les ordres et pour les créatures n’exécutant que la tâche pour laquelle on les avait élevées.

Observant la Place de la Hiérarchie, Nom Anor resta abasourdi par la boucherie dont il était le responsable, pour Shimrra, et qu’il ne pouvait interrompre. Il ne pouvait pas plus ordonner aux guerriers d’arrêter le massacre que conseiller aux Humiliés de fuir. Il était, comme toujours, pris entre deux feux, mais cette fois à cause de ses propres combines, mensonges et mascarades.

Cette prise de conscience le désespéra. La meute de guerriers insatiables était arrivée par le sud depuis la citadelle, passant par Vistu et Numesh, par les ponts et par les rues, massacrant tout ce qui se trouvait sur leur route, jusqu’à déboucher sur cette place publique, devenue récemment lieu sacré des hérétiques en hommage à ceux, si nombreux, qui avaient péri ici lors de manifestations, émeutes ou sacrifices.

Il parut immédiatement clair que les guerriers, jusqu’à présent, s’étaient contentés de s’entraîner sur des proies faciles. Là, retranchée sur la Place de la Hiérarchie, se tenait une foule qu’ils allaient pouvoir accuser de tous les maux et mettre en pièces. Là, attendaient ceux qui avaient privé les Yuuzhan Vong de la victoire totale à Zonama Sekot. Là, résistaient encore ceux qui allaient payer, ceux contre lesquels les guerriers pourraient exorciser leur peur et leur confusion, même si ceux qu’ils allaient mettre à mort étaient aussi innocents que des non-Humiliés.

L’horreur commença. Aux cris de guerre répondaient les cris d’agonie. Soudain, des incendies se produisirent dans toutes les structures, endommagées par les séismes, qui entouraient la place, y compris dans la préfecture et dans le Temple des Amants Yun-Txiin et Yun-Q’aah.

L’espace d’un instant, Nom Anor crut que les feux avaient été déclenchés par des grenades incendiaires larguées par des chasseurs stellaires de l’Alliance qui avaient réussi à franchir le barrage des basals dovins orbitaux. De son perchoir, en haut d’un escalier de corail yorik, face à la préfecture, il vit des explosions similaires dans tous les quartiers de la cité, et au-delà. Carbonisant les forêts et les buttes végétales qui couronnaient chaque bâtiment ou chaque tour, les flammes, attisées par les vents constants, s’étaient très vite propagées à tous les districts.

Soudain, les bourrasques brûlantes et ascendantes portèrent l’odeur écœurante des marécages jusqu’aux narines épatées de Nom Anor. Il pivota sur lui-même, incrédule, et découvrit une meute de bêtes Yuuzhan Vong crachant du feu, lancée à travers le paysage urbain.

Il releva vite les yeux vers le ciel.

Il y avait bien trop peu de chasseurs stellaires pour que ceux-ci soient responsables de cet enfer. Aucune preuve, non plus, de bombardement orbital, de rayons de turbolasers ou de traînées de torpilles à protons.

Il comprit d’un coup. Son cœur céda à une telle angoisse qu’il en tomba à genoux. Il demeura prostré, dans la même position, jusqu’à ce qu’il recouvre son souffle et ses esprits.

Shimrra était responsable de tout ceci !

Par-delà la raison, par-delà la folie, le Seigneur Suprême avait passé un accord avec le dhuryam pour détruire Coruscant ! La Coruscant de Nom Anor ! Avec la même cruauté qui lui avait permis d’envoyer le Maître de Guerre Nas Choka en mission suicide pour empoisonner Zonama Sekot, Shimrra avait de lui-même décidé d’éradiquer la civilisation Yuuzhan Vong. Il était lui-même devenu ce poison spécifiquement conçu pour l’élite Yuuzhan Vong, concocté pour défier ces dieux en qui il avait jadis prétendu ne plus croire !

Nom Anor poussa un juron et leva les poings vers la fumée et le ciel empli de braises.

J’aurais dû te tuer quand j’en avais la possibilité !

Il se redressa péniblement, centimètre par centimètre, son expression se faisant plus grave. Ses poings se serrèrent de plus belle. Son seul œil valide sembla étinceler. Sa bouche dépourvue de lèvres esquissa une grimace. Tous les muscles de son corps se bandèrent sous le fin tissu de ses vêtements. Son front fuyant, sous l’action de la fièvre, parut aussi brûlant que les incendies qui ravageaient la cité.

Il propulsa son bras sur le côté, frappant la carotide du guerrier le plus proche, qui n’avait pas vu le coup venir, trop absorbé par le spectacle du massacre. Le guerrier roula sur les marches en éructant, ses mains à sa gorge, les yeux embués par la douleur. Nom Anor s’empara du bâton Amphi du guerrier et d’un coup bien ajusté mit fin à ses souffrances. Puis il entreprit de descendre le large escalier tout en se débarrassant de sa tunique verte et de son turban, qui l’identifiaient comme un intendant. Parvenu au pied des degrés, il s’empara de la tenue tachée d’un Humilié abattu et la revêtit. Puis, ignorant le bain de sang autour de lui, il commença à s’avancer sur la Place de la Hiérarchie en jouant des coudes. Il allait atteindre un tas de gravats au centre de l’esplanade, lorsqu’un guerrier apparut devant lui, le forçant à reculer et à se battre, bâton Amphi contre bâton Amphi. Nom Anor para une fois, deux fois, puis se baissa et fouetta son opposant aux genoux. Il se releva ensuite brusquement pour abattre la partie tranchante de son arme reptilienne en travers du visage du guerrier. Celui-ci hurla et leva les mains. Nom Anor le transperça de part en part.

Conscient que les cadavres s’accumulaient autour de lui, il escalada la pile de gravats. Parvenu seul au sommet, il poussa un hurlement à glacer les sangs et leva le bras autour duquel son arme vivante s’était lovée.

— Je suis Yu’shaa, le Prophète ! cria-t-il en s’époumonant. Notre heure est venue et je vais vous conduire à la victoire !

Un long moment de silence et de stupéfaction tomba sur l’esplanade. Puis les opprimés, poussant un cri de rage, se jetèrent de plus belle sur les soldats en brandissant leurs armes rudimentaires.

 

A cent mille kilomètres de distance, Coruscant apparaissait comme un vortex de destruction, bombardée de toutes parts de rayons de turbolasers, prise en étau dans les anomalies gravifiques des basals dovins, illuminée par les innombrables explosions à répétition.

— Eh bien, la fête n’est toujours pas terminée depuis la dernière fois, on dirait, annonça Han en manœuvrant le Faucon en direction de l’ancien centre galactique en proie aux combats.

— Je l’ai ratée, cette fête, papa, dit Jaina platement depuis le siège du copilote.

— Moi aussi, enchaîna Jacen, assis derrière sa sœur.

Du coin de l’œil, Han observait son fils et le prêtre Yuuzhan Vong, qui occupait le fauteuil voisin.

— Je te rappelle que Harrar et moi, nous étions à bord d’un vaisseau-monde près de Myrkr, dit Jacen.

Regrettant sa remarque, Han reporta son attention sur les instruments de la planche de bord.

La chute de Coruscant avait été l’une des pires journées de sa vie, au moins aussi affreuse que celle au cours de laquelle Chewbacca était mort sur Sernpidal. Les images de l’évacuation étaient gravées à jamais dans sa mémoire : les Yuuzhan Vong se jetant, eux et leurs otages, contre les boucliers planétaires ; une pluie continue de vaisseaux spatiaux en flammes ; Leia et lui tentant de fuir Eastport avec Ben, encore bébé, et C-3PO, un droïde CYV et un ladalum en pot… Leur évasion manquée dans la baie d’envol du Faucon, leurs plans contrecarrés par le Sénateur Viqi Shesh, elle-même déguisée, et par un gosse de douze ans appelé Dab Hantaq, qui ressemblait tant au jeune Anakin.

La mort d’Adarakh, garde du corps de Leia, des mains de Shesh.

Les cieux fouettés par les boules au plasma.

Les tours s’écroulant, la population courant pour tenter d’embarquer à bord des derniers paquebots et yachts gouvernementaux encore à quai…

Et à des années-lumière de là, sur Myrkr, planète de la Bordure Extérieure… Anakin mourant, Jaina fuyant à bord d’un engin volé à l’ennemi, Jacen tombant aux griffes de Vergere… secouru ou capturé ? Le point restait irrésolu…

Han ferma les yeux pour tenter de chasser le désespoir qui s’emparait de lui.

— La fête… dit Harrar soudainement. Beaucoup de nos guerriers utilisent ce terme pour décrire les combats. Vous avez l’étoffe d’un suprême commandeur, Han Solo.

Han laissa échapper un rire bref, se rappelant que Jacen lui avait confié que le prêtre avait reconnu être fasciné par le capitaine du Faucon Millenium.

— Merci, Harrar, c’est sympa de penser à moi mais, très sincèrement et malgré ce que peuvent dire certains ou certaines, j’aime bien ma tronche telle qu’elle est et je n’ai pas envie d’y toucher !

Jacen et Harrar, lui-même fort mal à l’aise, occupaient les sièges arrière du cockpit du Faucon. Luke et Leia, eux, s’étaient installés dans les deux tourelles de quadrilaser. Mara, Kenth, Cakhmaim, Meewahl et les droïdes se trouvaient dans le compartiment avant. Au risque de ne pas disposer de toute la puissance de propulsion voulue, Han avait décidé de maintenir la gravité artificielle à bord autant de temps que possible, ne serait-ce que pour éviter à ses passagers de flotter en tous sens et de rebondir contre les parois.

Les vaisseaux de guerre de l’Alliance avaient braqué leurs tirs de surface sur la ligne de séparation entre le jour et la nuit, avec une nette concentration vers la face diurne de Coruscant. Mais la bataille avait cependant l’air de faire rage sur toute la planète. Des destroyers stellaires, croiseurs et frégates arrivaient toujours par ces voies hyperspatiales peu utilisées depuis l’Ancienne République. Les forces ennemies bombardaient le champ orbital en permanence afin de créer une couverture de défense pour la flottille. Les Yuuzhan Vong étaient dans l’ensemble très dispersés, mais leurs rangs étaient particulièrement serrés au niveau de l’équateur, au-dessus de l’ancien quartier Impérial, dans l’hémisphère occidental. L’Alliance n’avait pas encore réussi à faire franchir à l’un de ses navires amiraux le blocus tenu par les vaisseaux Vong de près d’un kilomètre de long et visiblement armés jusqu’aux dents. Mais des centaines de petits chasseurs stellaires avaient pénétré les lignes ennemies et s’étaient attaqués aux batteries de basals dovins orbitaux flottant en limite de l’atmosphère de la planète.

C’était donc au tour du Faucon d’essayer de se faufiler entre les mailles du filet.

La manœuvre inverse de celle que Han avait dû entreprendre pour quitter Zonama Sekot. Là-bas, les hautes couches de la stratosphère avaient été le théâtre d’affrontements terribles entre les coraux skippers et les vaisseaux Sekotan. D’après ce que Luke avait glané auprès de Kyp et des autres pilotes Jedi, la vue des vaisseaux vivants avait semé la confusion chez les skips. Mais les Jedi avaient également découvert que la Magister Jabitha ne leur avait pas caché la vérité en leur annonçant que les engins Sekotan devaient uniquement servir à la défense. A plusieurs reprises, les engins avaient refusé d’ouvrir le feu tant qu’on ne leur tirait pas directement dessus. Malgré leur capacité à voler à une vitesse ahurissante, ils s’étaient également contentés de suivre les coraux skippers comme des ombres sans entreprendre quoi que ce soit.

A deux cent mille kilomètres de la planète vivante croisait le détachement ennemi qui avait amené sur place les coraux skippers, sous la supervision d’un yammosk, lui-même à bord de son transport spécial.

On ignorait toujours pourquoi le Maître de Guerre Nas Choka n’avait envoyé qu’un simple détachement à Zonama Sekot. Tout le monde s’attendait cependant à ce que ce ne soient que des éclaireurs et que les navires de guerre s’attaquent à la planète dans les plus brefs délais. On venait d’annoncer que l’Aventurier Errant, la flottille de Dragons de Combat Hapan de Tenel Ka et des croiseurs de classe Nova étaient en route. Il y avait malgré tout peu de chances qu’ils soient de taille à tenir tête à l’ennemi. Engagés dans une féroce bataille près de Muscave, Wedge Antilles et Keyan Farlander ne seraient pas en mesure d’envoyer des renforts tant que la Première Flotte de Kre’fey ne les aurait pas rejoints.

Avec autant de points chauds à travers tout le système de Coruscant, depuis Vandor Trois jusqu’aux étendues glacées d’Ulabos, Han avait envisagé de faire progresser le Faucon par microsauts. A terme, cependant, il avait décidé de sauter directement jusqu’à Coruscant. Ils avaient rejoint l’espace réel juste derrière les lignes de l’Alliance, mais suffisamment près de leur destination pour être stupéfaits par la vue. Avec ses teintes vertes et blanches, alors qu’elle n’était jadis qu’une sphère de lumière artificielle, les restes d’une lune détruite flottant en orbite et ses pôles transformés en champs d’icebergs, Coruscant leur apparut comme une planète inconnue.

Une sonnerie retentit sur la console des communications et une voix de baryton s’éleva dans le cockpit :

— Faucon Millenium, ici contrôle Droit de Diriger. Votre meilleur point d’entrée, à l’heure actuelle, est dans le secteur Bacta, au huit-un-sept. Nous vous tiendrons informés de l’évolution de la situation.

Jaina se pencha pour étudier l’écran tactique.

— Bien compris, Droit de Diriger. Et merci pour le coup de main !

— Faucon Millenium, le Grand Amiral Pellaeon vous souhaite bonne chance.

— Passez-lui le bonjour de notre part, et bonne chance à lui aussi, déclara Han dans le microphone incorporé à ses écouteurs.

La Quatrième Flotte de Pellaeon, qui comprenait trois destroyers stellaires et un assortiment de croiseurs de classe Strike et Carrack, était en train de pilonner un groupe de combat Yuuzhan Vong. Dans plusieurs secteurs, les basals dovins orbitaux avaient été saturés par les tirs de barrage et l’Alliance avait converti ces zones affaiblies en couloirs d’infiltration vers la surface pour les transports de troupes et les escadrons de chasseurs stellaires d’escorte.

— Votre propre Maître de Guerre a l’air de s’en remettre à l’opinion de Jacen Solo, selon laquelle les bombardements intensifs vont inciter le Cerveau-Monde à rendre la planète inhospitalière, dit Harrar dans l’oreille droite de Han.

Jetant un coup d’œil au chaos qui régnait à la surface, Han Solo répondit :

— J’ai l’impression que votre Cerveau-Monde n’a pas eu vraiment besoin qu’on le pousse beaucoup pour faire le boulot !

Le Faucon s’apprêtait à rejoindre le point d’insertion lorsque deux chasseurs Ailes-X vinrent se ranger de part et d’autre de sa coque.

— Salut, Faucon Millenium, ça fait drôlement plaisir de vous voir, annonça l’un des pilotes sur la fréquence tactique. Ça vous gêne si on fait un bout de chemin avec vous ?

— Et qui escorte qui, dans cette histoire ? demanda Jaina.

— On n’a qu’à se faire une petite fête à trois, qu’est-ce que vous en dites ? lança l’autre pilote.

— Une petite fête… murmura Harrar.

Le navire qui abritait les basals dovins orbitaux donnait l’impression d’avoir été assemblé à partir des fragments de la lune détruite, mais les vides créés par les créatures étaient aussi vastes que des stades de shock-ball. Entraînant les deux Ailes-X dans sa course, Han fit basculer le Faucon sur le flanc tribord afin d’éviter deux anomalies béantes. Le cargo avait à peine rétabli son assiette qu’un troisième trou noir s’ouvrit devant lui.

— Donnez-lui un truc à bouffer ! tonna Jaina sur le réseau.

Les pilotes des chasseurs stellaires répondirent en décochant deux paires de torpilles à protons. Les projectiles incandescents furent instantanément aspirés par l’anomalie gravifique. Le basal dovin momentanément occupé, Han poussa les gaz de ses propulseurs subluminiques. Le gain soudain de vélocité catapulta le Faucon loin du trou noir. Mais une autre distorsion s’ouvrit devant le vaisseau. Cette fois, Han manipula avec prudence ses rétrofusées et, grâce à son inertie, le cargo décrivit une large courbe autour du basal dovin, juste en marge de la zone d’attraction, ce qui permit de filer un peu plus en profondeur dans l’atmosphère. Han réalisa la même manœuvre pour les quatre basals dovins suivants, utilisant les distorsions gravifiques pour lancer son appareil dans une série de virages en S.

Le Faucon trembla, grinça, les moteurs hurlèrent en signe de protestation, mais l’opération réussit et le cargo conserva son cap. L’une des Ailes-X ne fut pas aussi chanceuse. Alors que le pilote était occupé à leurrer l’un des basals dovins avec ses dernières torpilles à protons, une autre créature parvint à happer le chasseur stellaire.

L’engin se désintégra et disparut totalement en une fraction de seconde.

Le Faucon continua de descendre, traînant derrière lui un sillage d’énergie bleutée. Il avait franchi le barrage des basals dovins mais la « fête » n’était pas terminée pour autant. Un croiseur matalok était en train de monter à sa rencontre. L’engin ennemi vomit une volée de missiles au plasma par ses tubes tribord.

— Pleine puissance aux déflecteurs ! annonça Jaina, s’exécutant sans même demander son avis à son père.

Han vira brusquement sur bâbord et commença à négocier des zigzags entre les projectiles en fusion. L’Aile-X qui accompagnait encore le Faucon essaya de rester aussi près que possible mais il ne parvint pas à suivre le même cap que le plus gros vaisseau. Han essaya de ralentir un peu et de maintenir son cap dans le but de protéger le chasseur. Des volées de plasma rebondirent contre les écrans de protection du cargo. D’autres salves passèrent cependant au-dessus de lui et vinrent frapper l’Aile-X de plein fouet.

Han jura entre ses dents et s’arc-bouta sur le joug de direction. Le Faucon se mit à piquer et à tomber comme une pierre, droit vers le matalok. Bien déterminé à tenir tête au croiseur, Solo arma ses lance-missiles à fragmentation. Les alarmes de proximité se mirent à retentir.

— Quatre skips sur tribord ! annonça Jaina. Course d’interception !

Han réagit en un éclair et dégagea le cargo de sa descente en piqué.

— Passe les informations sur les collimateurs de ta mère et de ton oncle !

Faisant preuve de leur mépris habituel pour les manœuvres d’esquive, les skips rompirent la formation et ouvrirent le feu à distance sur le Faucon en l’approchant sous quatre vecteurs différents. Han entendit alors les deux tourelles, dorsale et ventrale, des quadrilasers commencer à tirer. Il inclina légèrement l’appareil sur tribord afin de placer deux des adversaires dans la meilleure ligne de mire possible. Dupant les boucliers, les puissants canons commencèrent à entamer les coques de coraux skippers. Un dernier coup, décoché par Leia depuis la tourelle dorsale, envoya l’un des engins ennemis en percuter un autre.

— Bravo, mais n’attrape pas la grosse tête, p’tite fille ! cria Han. Voyons si tu peux nous débarrasser des deux autres !

A nouveau, les canons mugirent en crachant leurs décharges verdâtres d’énergie dévastatrice sur les poursuivants. Des vides se formèrent juste devant les coques arrondies des skips et les rafales des quadrilasers furent instantanément absorbées. Certains rayons, tirés par Luke, parvinrent cependant à franchir les boucliers gravifiques et des sections de corail yorik commencèrent à voler dans l’espace. Soudain, le skip de tête accéléra l’allure et se rapprocha du Faucon dans la nette intention de l’abattre.

Han accéléra également, exécuta un demi-tonneau et piqua vers la surface.

Des projectiles au plasma continuèrent à fuser en vain du skip. Des barrages de feu laser leur répondirent. Frappé à plusieurs reprises, le corail skipper commença à dériver de sa course juste avant que sa large poupe ne vole en éclats. Irrémédiablement endommagé, le skip lâcha prise, bascula et entama une longue descente vers la planète, laissant derrière lui un sillage de fumée et de poussière de corail yorik.

Le dernier skip se lança aux trousses du Faucon, suivant la même manœuvre de plongée en vrille et continuant à tirer. Quand les missiles au plasma devinrent plus pressants, Han convertit une partie de la puissance du cargo vers les boucliers arrière tout en redressant la barre à tribord. Luke et Leia en profitèrent pour décocher des rafales, décalées les unes par rapport aux autres. Les basals dovins du skip furent vite saturés et des rayons parvinrent à franchir les soudaines brèches de ses défenses. Encaissant simultanément des tirs convergents en pleine proue, le skip se cabra et explosa.

Le Faucon acheva sa manœuvre d’esquive puis, exécutant un large virage, fila vers une zone dégagée. Han rectifia l’assiette du cargo et mit le cap sur l’horizon.

— Fais savoir à Luke que je vais débrancher la gravité artificielle, dit-il à Jaina. S’il a deux crédits de jugeote, il saura qu’il a intérêt à quitter la tourelle ventrale.

Rapidement, le Faucon évolua au milieu de la forêt de spires qui s’élevaient à l’est du quartier sacré. En contrebas apparurent les champs nourriciers où mûrissaient les villips, des lacs aux reflets orangés reliés entre eux par des bras de rivière, et des carrières de corail yorik où poussaient des skips, à différents stades de leur développement. Des champignons de feu jaillirent des profondeurs des canyons. Les tornades de vent localisées portèrent les végétaux enflammés vers des zones boisées qui n’avaient pas encore été incendiées.

— Nous sommes repérés ! fit Jaina. Coraux skippers en approche par le sud !

Han poussa sur ses commandes, le cargo se cabra, passa au-dessus d’une colline en proie aux flammes et plongea vers l’immense vallée qui avait remplacé le siège Impérial et le cœur de la cité Républicaine. Il dut se ressaisir et se convaincre qu’il n’était pas réellement en train de voler au-dessus de plaines et de vallons. Il y avait là-dessous d’innombrables structures enterrées. Ce qui semblait être un escarpement avait dû être un bâtiment résidentiel de près d’un kilomètre de long. Ces cratères géométriques, entourés de forêts luxuriantes, qui ponctuaient le paysage et miroitaient d’une eau d’un bleu de cobalt, étaient jadis les fondations d’immenses édifices.

— Vaudrait mieux passer sur la fréquence tactique, dit-il.

Jaina manipula les réglages de la console de communication. Aussitôt un signal retentit.

— Une balise ! dit-elle à Han.

Une carte du quartier gouvernemental transfiguré par les Yuuzhan Vong se matérialisa sur l’écran de navigation. Jaina posa son index sur un témoin en train de clignoter.

— Notre point de rendez-vous.

Le Mont Umate, plus haut pic de la chaîne des Montagnes Manarai, aurait dû alors apparaître dans leur champ de vision. A la place, ils découvrirent un immense cratère ayant également englouti ce qui avait été Monument Plaza. Perchés sur des structures de permabéton qui dépassaient encore du sol, se tenaient des troupeaux de créatures ailées semblables aux sortes d’oiseaux océaniques que Leia et Han avaient aperçus sur Selvaris. A la base de l’ancienne montagne, pas très loin de l’endroit où devait se trouver l’amphithéâtre Kallarak, s’ouvrait un autre grand cratère, dont le sol, densément boisé, était en feu. Sur les pentes escarpées, des hordes de créatures à six pattes et des meutes de lézards paniqués détruisaient tout sur leur passage en essayant d’échapper à l’enfer.

La fumée était beaucoup plus épaisse en périphérie du quartier sacré.

Eastport, où les époux Solo avaient vécu et où Han parquait jadis le Faucon Millenium, n’était plus qu’un souvenir. Des monstruosités crachant le feu, semblables à des ballons dirigeables, arpentaient les ruines de ce qui était autrefois le Jardin Botanique, Calocour Heights et les Colonnades. Des immeubles qui s’étaient dressés pendant un millier d’années avaient été réduits en gravats ou bien servaient de tuteurs à des végétaux ahurissants. Le feu faisait rage à la surface, la fumée montait vers le ciel en nuages très denses. Quand une bourrasque de vent dissipait les volutes momentanément, Han apercevait dans les trouées des civils Yuuzhan Vong courant en tous sens au beau milieu de ce pandémonium.

Poursuivi à nouveau par des coraux skippers, le Faucon Millenium fila à travers le paysage urbain dévasté, avant de s’enfoncer au cœur d’un profond précipice dont les parois incendiées produisaient des nuages de fumée noire. Le fond était encombré de débris de ferrobéton, de restes de superstructures enchevêtrées selon des angles extravagants, telles des sculptures expérimentales.

— Cette planète ne vaut pas le coup d’être sauvée, dit Jaina, effarée.

— C’est apparemment ce que Shimrra pense aussi, dit Harrar, d’un ton tout aussi abasourdi.

Mettant le cap sur la balise, Han vira vers le nord et entama une longue descente dans la fumée. Il comprit alors que le point de rendez-vous devait se trouver au niveau du terminus occidental de l’Esplanade Glitannai. C’était en tout cas ce qu’indiquait la carte. Ancien mail de boutiques de marques et de restaurants chics installés sur les vastes toits du quartier judiciaire, l’Esplanade Glitannai n’était plus qu’un ravin profond, franchi par endroits par des sortes de ponts organiques et des aqueducs amenant l’eau potable jusqu’à la citadelle.

Avertis de l’approche du Faucon, des soldats de l’Alliance apparurent sur les loggias qui dominaient l’ancienne promenade. Ces grands balcons avaient été récemment repris par les commandos pour être convertis en plates-formes d’atterrissage. Enclenchant ses répulseurs, Han manœuvra son vaisseau jusqu’au bord d’une des aires, sortit les trains et se posa en douceur. Pour ne pas avoir de mauvaises surprises, il déploya le blaster à répétition dissimulé à la proue du cargo et activa le système de protection qui empêcherait l’arme rotative de désintégrer accidentellement l’un des trains ou la rampe d’accès.

Dernier occupant à quitter le cockpit, Han tomba sur Leia, Luke, Mara, Tahiri et Kenth dans la coursive circulaire. Tous déjà en biocombinaison. Jacen et Jaina, un peu plus loin, étaient occupés à enfiler les leurs. Solo pressa la commande dans la paroi pour déployer la passerelle de débarquement.

— Cakhmaim, Meewahl ! cria-t-il en direction de la soute avant. Vous et les droïdes, vous allez rester à bord. On ne sera pas longs.

Baissant la tête, la petite troupe essentiellement composée de Jedi descendit la rampe. Un vent brûlant, charriant toutes sortes de débris, balayait le balcon et semblait prêt à déchiqueter les combinaisons environnementales portées par les soldats qui approchaient du vaisseau.

— Bienvenue chez vous ! cria Judder Page pour être entendu, alors que deux Ailes-A passaient à basse altitude. Enfin, maintenant, on préfère appeler cet endroit « Nécropolis »…

Comme ses camarades, Judder Page était équipé d’un réacteur dorsal, d’un casque, et portait un fusil blaster. En bordure du balcon attendaient une douzaine de droïdes CYV. Han ne fut pas surpris de repérer quelques membres des Spectre parmi les commandos, mais Pash Cracken était bien la dernière personne qu’il s’attendait à rencontrer ici.

Jaina fut encore plus stupéfaite, elle, de voir Jag Fel. Celui-ci, avec quelques autres, attendait la navette qui devait les transférer à Westport, où on avait besoin de volontaires pour piloter des chasseurs stellaires. Jaina se précipita vers Jag pendant que Page faisait le point sur ce qui se passait en surface pour Luke, Kenth, Mara et Jacen.

— Les Humiliés ont pris les armes mais, apparemment, Shimrra aurait donné l’ordre qu’ils soient tous éliminés. Il les accuse de tous les maux dont souffrent les Yuuzhan Vong. Il est déterminé à ce qu’ils soient tués jusqu’au dernier et à détruire Coruscant par la même occasion.

— Le quartier sacré est-il bien gardé ? demanda Luke, ébouriffé par le vent.

— Plusieurs milliers de soldats, quelques esclaves reptoïdes, dit Cracken. Mais pas trop de surveillance aérienne.

Il fit un signe de tête vers le ciel.

— La plupart des skips ont été envoyés en orbite.

— Tant mieux pour nous, dit Luke.

Leia se glissa entre eux, embrassa son frère et Mara et serra Jacen dans ses bras si fort que le jeune homme crut que sa mère n’allait pas le laisser repartir. Puis Leia fit de même avec Jaina, après que celle-ci eut dit au revoir à Jag.

— Luke… commença Leia.

— Ils sont sous ma responsabilité, Leia, dit-il à propos de Jaina et de Jacen. Et nous tous, nous sommes sous la responsabilité de la Force.

Han embrassa ses enfants, fit la bise à Mara et posa une main sur l’épaule de Luke.

— On s’est tiré de bien plus mauvaises passes, pas vrai ?

— Plus de fois que je n’arrive à m’en souvenir, répondit Luke en souriant.

Han hocha sobrement la tête.

— Alors peut-être qu’on devrait faire en sorte que celle-ci soit la dernière, qu’est-ce que t’en dis ?

— Si toi ça te va, alors moi, ça me va aussi.

— Je te prends au mot, p’tit gars.

Han prit Leia par la taille et retourna vers le Faucon, après que les Jedi, les commandos de Page et les droïdes CYV eurent pris la route. Au pied de la rampe, Leia poussa un long soupir et releva les yeux vers son mari.

— Alors, pour notre dernière cabriole…

— Nous mettons le cap sur le Cerveau-Monde.

— Et une fois sur place ?

Han pinça les lèvres.

— Eh bien, j’espère que Harrar aura une bonne idée.

 

Le vaisseau vivant, façonné à partir des graines compagnes avec lesquelles Kyp s’était lié, s’envola en silence et sans effort dans les cieux tourmentés de Zonama Sekot. Par paires ou par trios, les coraux skippers perçaient les couches supérieures de l’atmosphère pour attaquer ces engins que la planète elle-même avait conçus dans le seul but de les humilier. Fort heureusement, aucun chasseur ennemi n’avait encore réussi à atteindre la surface. Les rares appareils qui étaient parvenus à franchir le barrage des pilotes Jedi avaient été repoussés par Zonama elle-même. De puissantes bourrasques ascendantes, ou des décharges gravifiques provenant de générateurs cachés, avaient repoussé les skips vers l’espace orbital. La façon dont ils avaient été éjectés rappelait à Kyp l’effet de deux aimants dont les pôles identiques essaient d’entrer en contact.

Kyp et un pilote de corail skipper ne cessaient de se pourchasser l’un l’autre depuis trop longtemps. Le jeu en devenait lassant. A chaque fois que Kyp avait eu une ligne de mire dégagée sur son adversaire, les armes du vaisseau Sekotan avaient refusé de tirer. La même chose se produisait avec le skip. A chaque fois que le pilote tentait de tirer, le yammosk en charge du contrôle global, ayant l’impression que le skip était en train d’ouvrir le feu sur un de ses alliés, lançait le Yuuzhan Vong dans une série de virages qui sabotaient les manœuvres de tir. Kyp pouvait tout aussi bien ressentir les actions gravifiques du yammosk que celles exercées par Sekot. L’esprit de Zonama parvenait à manipuler les vaisseaux Jedi, les obligeant à se mouvoir avec la même conformité dérangeante que les escadrilles de coraux skippers. Les vaisseaux vivants et ceux des Yuuzhan Vong exécutaient à présent un ballet aérien dont la chorégraphie semblait réglée à distance.

Fidèles au comportement dont ils avaient fait preuve depuis le tout début, les Yuuzhan Vong usaient de leurs propres règles, centrées sur le défi, l’honneur et la persistance. A l’instar des prêtres qui se consacraient exclusivement au service d’un panthéon de dieux cruels, les pilotes des vaisseaux de guerre abandonnaient toute notion d’individualisme pour se placer sous le commandement d’une créature tentaculaire qui coordonnait les combats. Bien au-delà de ce qui avait été accompli par l’Alliance, c’était bien la subordination aveugle des Yuuzhan Vong à la volonté de leurs dieux qui leur avait coûté des centaines de vaisseaux et d’innombrables pertes à Ebaq Neuf, Obroa-skai et sur d’autres fronts. Aussi extraordinaires soient-ils, en tant qu’espèce et en tant que guerriers, les Yuuzhan Vong démontraient un courage, une témérité et une inflexibilité qui finiraient certainement par les priver, aussi, de Zonama Sekot.

En supposant que les Jedi finissent par se sentir à l’aise aux commandes de leurs vaisseaux Sekotan, songea Kyp.

La simple installation dans l’enceinte de ces cockpits, agités de battements et de clignotements verts et rouges, avait requis un grand effort et beaucoup de détermination. La verrière était semblable à cette sorte de mica translucide qui couvrait les postes de pilotage des skips mais, comme tout le reste dans le cockpit, elle était chaude au toucher. Combinant à la fois les commandes de direction, d’accélération et d’armement, le joug principal s’était déployé pour venir, seul, s’enrouler autour de la main droite du pilote, créant une sorte de moule parfait. La rumeur prétendait qu’il était arrivé la même chose à la main d’Anakin Solo sur la station de Centerpoint.

La planche de bord était un environnement organique de leviers semblables à des ligaments, de boutons qui avaient l’apparence de durillons et d’ampoules et de moniteurs fluides pareils à ceux des croiseurs Mon Cal. Des odeurs à la fois puissantes et écœurantes imprégnaient le cockpit ; à croire que le vaisseau souhaitait encourager le pilote à se servir de ses facultés olfactives au même titre que de ses aptitudes auditives ou tactiles.

De plus, l’engin entretenait avec l’esprit du pilote une sorte de dialogue télépathique. Il n’y avait pas de droïde-astromécano pour vérifier l’état des systèmes, aucune capuche de commande, cette interface qui avait été trouvée à bord du vaisseau Yuuzhan Vong volé qu’on avait fini par appeler Supercherie. L’engin Sekotan incorporait les mêmes fonctions en parlant à l’esprit de son occupant. Le vaisseau n’avait pas de voix à proprement parler, il ne s’agissait pas d’une forme de télépathie semblable à celle que pratiquaient les Jedi, mais Kyp s’était parfaitement rendu compte que son appareil pouvait penser, sentir les choses, de la même façon qu’il avait pu percevoir les sentiments de ces drôles de petites graines compagnes qui s’étaient accrochées à lui.

Tout ceci représentait l’équipement standard, comme sur les vaisseaux que Zonama Sekot avait fournis à ces quelques pilotes de l’Ancienne République qui avaient disposé d’assez d’argent et qui avaient passé avec succès le test des graines compagnes. Mais, comme Han Solo le disait si bien à propos du Faucon Millenium, tout bon vaisseau nécessitait toujours de petites modifications. A l’instar des coraux skippers, les vaisseaux des Jedi étaient en mesure de catapulter du plasma mais, contrairement aux skips, ils ne disposaient pas de boucliers déflecteurs, se reposant pour leur protection sur leur ahurissante agilité. Dépourvus de propulseur ionique, de réacteur, de tuyère d’échappement ou de quoi que ce soit évoquant un moteur conventionnel, les engins étaient plus rapides que des Ailes-A et plus maniables que des chasseurs TIE.

Kyp commençait d’ailleurs à les comparer à un équivalent Sekotan du sabre laser. Le pilote n’avait pas besoin d’être un Jedi – faire voler un tel vaisseau ne nécessitait pas de connexion particulière avec la Force –, mais les performances de l’engin semblaient directement dépendre du degré d’abandon auquel le pilote était prêt à se laisser aller. Il fallait être sans ego, presque vide, pour aborder le maniement sereinement. Saba, Lowbacca et Tam Azur-Jamin – dont les noms de code pour cette mission étaient respectivement Siffleur, Flèche et Placide – en avaient apporté la démonstration. Kyp était abasourdi par les acrobaties que tous trois réalisaient, au point qu’il en perdait parfois de vue la bataille en cours. Malgré ses propres talents, sa maîtrise de la Force, il n’arrivait pas, lui, à lancer son engin dans de telles manœuvres.

Le comlink de Kyp sonna. Au cours des quelques années qui venaient de s’écouler, particulièrement depuis l’opération sur Myrkr, les Jedi avaient pris l’habitude de communiquer par un lien mental entretenu dans la Force. Mais, avec l’attention requise par les vaisseaux Sekotan et la difficulté à voler dans l’atmosphère de la planète vivante, ce lien s’était révélé difficile à maintenir.

— Kyp ? Tu arrives à le piloter, ton truc ? demanda Corran Horn.

La transmission entre les appareils était assurée par l’émetteur relais de l’Ombre de Jade. Le vaisseau de Mara était en orbite stationnaire, en marge de la zone des combats. Personne n’était à bord, le pilotage se faisant à distance, mais tous les systèmes de défense et de contre-mesures étaient opérationnels.

— Tu sais quoi, je me demande si ce n’est pas le vaisseau qui est en train de me piloter, moi !

— Pareil pour moi ! Je me suis vachement mieux débrouillé avec l’appareil Sekotan que Tahiri et moi avons piloté depuis Coruscant. Je sais que mon ciblage est nickel, mais la plupart de mes tirs se barrent dans tous les sens, même quand il n’y a rien qui s’interpose entre moi et la cible !

— J’ai l’impression que Sekot ne veut pas que nous nous comportions en tueurs…

— J’ai ma petite théorie sur la question, répondit Corran, mais je t’en ferai part un peu plus tard.

— Alors pourquoi sommes-nous ici ? Pour faire joli ?

— Peut-être qu’il se passe entre Sekot et nous la même chose qu’entre nous et les vaisseaux. Sekot est peut-être encore en train de nous évaluer, de nous… percevoir. Dès que cette phase sera finie, nous pourrons cibler nos adversaires plus précisément.

— Donc, on doit considérer ce qui est en train de se passer comme une sorte de simulation démente ? demanda Kyp.

— Ouais, à une seule différence, ce sont les vaisseaux qui sont en apprentissage, pas nous !

Kyp réfléchit à cette hypothèse longtemps après avoir interrompu la communication avec Corran. Peut-être que finalement les vaisseaux n’étaient pas les seuls en apprentissage. Pourquoi les graines compagnes s’étaient-elles associées à certains Jedi et pas à d’autres ? Pourquoi lui et pas Jaina, par exemple ? Est-ce que cela avait quelque chose à voir avec le fait que Kyp avait détruit un monde, que Saba avait assisté à la destruction d’un autre et que Corran et Alema étaient tous deux responsables de l’anéantissement de leurs planètes natales ? Ganner Rhysode aurait-il pu se lier avec des graines compagnes ? Et Wurth Skidder ? Et Miko Reglia, l’apprenti de Kyp ?

Anakin aurait-il passé le test avec succès ?

Qu’est-ce que Sekot pouvait bien comprendre à leur sujet qu’ils ne parvenaient pas à comprendre eux-mêmes ?

La Force Unifiée
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